Le 13/11/2013, 23h20

Le cri





Il hurle.

Sa bouche s'entrouvre parfois sans qu'aucun son ne sorte. Pourtant il hurle à pleine terreur. À cogner jusqu'au sang cette enveloppe qui l'emprisonne contre chacun des murs du placard qui lui sert de refuge.

Quand l'étroitesse de son corps lui pèse tant, il n'y a que dans cet espace confiné qu'il finira par s'apaiser. Plus tard. Mais pas avant d'avoir vomi son désespoir d'être vivant.

D'abord, roulé en boule dans son cocon de bois, il l'aura rêvé matrice, utérus pour y dénaître. Non, pas y mourir. Surtout pas. Mais refaire à l'envers le chemin qui l'a mené ici, pour ne pas avoir à le poursuivre dans le sens obligatoire.

Le ventre bloqué, un nœud dans la gorge, il aura maudit la brièveté du temps qui lui a été accordé au regard de l'immensité de l'univers, de la clarté d'une étoile.

Il aura pleuré sans un mot son amour à cette pute de vie qui un jour le quittera. Aujourd'hui ? Peut-être pas. Mais demain. Mais ce soir...

Il aura crié sans un bruit son dégoût au néant qui s'ensuivra. Au rien. Au que dalle.

Il se sera répété en boucle ce passage de la Bohemian Rhapsody de Queen : "I sometimes wish I'd never been born at all"*. Mais penser ça, c'est déjà penser. C'est être vivant. C'est bien trop tard.

Puis, assez soudainement, la gorge se dénouera, le ventre s'assouplira. Il pourra à nouveau se lever et marcher. Marcher parmi ses semblables. Marcher au milieu des siens et vivre comme eux, jusqu'au prochain appel impérieux du placard. Ce placard où, pour l'heure, recroquevillé, le menton sur les genoux, il hurle sans un son.




* : "Parfois, j'aimerais ne pas être né du tout"

- Mots clés : Dessin, Mike Jagger, Blabla -
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